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LeMonde.fr – Les Decodeurs

Peut-on évaluer le coût réel de la prostitution ?

Le Monde.fr • Mis à jour le 05/25/2015Par Mathilde Damgé



Faut-il intégrer les recettes de la prostitution (et du commerce de la drogue) dans le calcul de la croissance ? C’est une proposition qu’a faite la Commission européenne et qu’a, pour l’instant, rejetée la France. Au contraire d’autres pays, comme le Royaume-Uni, qui ont vu leur PIB (produit intérieur brut) s’en trouver amélioré l’an dernier. Mais combien rapporte la prostitution et, surtout, combien coûte-t-elle à la société ?

Deux associations, le Mouvement du Nid, qui milite pour l’interdiction du « système prostitueur », et Psytel, ont cherché à le savoir et à « prendre à revers ce mythe d’une prostitution créatrice de croissance et propose[nt] une estimation du double fardeau économique et social que le système prostitutionnel fait peser sur ses victimes et sur la société tout entière ».

« Il est donc économiquement rationnel, en plus d’être éthiquement nécessaire, d’investir aujourd’hui dans la prévention, le développement d’une politique de sortie de la prostitution, la répression du proxénétisme et le découragement de la demande, plutôt que de subir éternellement ce coût économique et social. »

La « valeur » statistique de la vie

Face à une activité difficile à quantifier, ne serait-ce qu’à commencer par le nombre de prostitués (l’étude opte pour un chiffre moyen de 37 000 personnes), l’association Le Mouvement Nid veut convaincre du sérieux de sa démarche.

Pour chaque poste de coût (l’étude en distingue vingt-neuf), une fiche en détaille la méthodologie, depuis les coûts de la lutte contre les tentatives de suicide (le taux de suicide chez les personnes prostituées est douze fois plus élevé que le reste de la population) jusqu’au placement des enfants (0,32 enfant par personne prostituée).

Les auteurs de l’étude aboutissent ainsi à un coût total de la prostitution de 1,6 milliard d’euros. Comment se décompose-t-il ?

Les pertes en terme d'impôts représentent plus de la moitié du manque à gagner ou du "coût" de la prostitution

Les pertes en terme d'impôts représentent plus de la moitié du manque à gagner ou du "coût" de la prostitution
863558306311853coûts directs médicauxcoûts directs non médicauxcoûts des conséquences sociales directescoûts des conséquences sociales indirectescoûts humains pour les personnes prostituéescoûts de l'évasion fiscale


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/05/26/peut-on-evaluer-le-cout-reel-de-la-prostitution_4640418_4355770.html#qFbZFbhsfmCLpuzV.99

Source : Le Nid/Psytel

Certaines catégories sont très discutables, notamment celles liées aux coûts de la consommation d’alcool, de tabac ou de substances illicites. Ou encore celles des aides sociales (RSA, aides au logement, CMU…) dont peut bénéficier toute personne en dehors de son activité professionnelle.

Le parti pris de départ considérant tous les manques à gagner comme des coûts est également sujet à controverse :

« Si les clients de la prostitution dépensaient leur argent dans n’importe quelle autre activité, la société française économiserait chaque année plusieurs centaines de millions d’euros de dépenses liés aux conséquences de la prostitution et augmenterait parallèlement ses recettes fiscales d’au moins 853 millions d’euros. »

Quant à l’évasion des recettes fiscales de la part des proxénètes, difficile d’entendre cet argument dans la mesure où ces recettes ne seraient de toute façon pas recevables en France puisque le proxénétisme est interdit.

La catégorie la plus faible statistiquement est celle du coût humain, qui recoupe les préjudices liés aux viols et tentatives de viols, aux violences physiques et psychologiques et la surmortalité liée à la prostitution. Tous ces coûts se présentent sous la forme de pourcentages de la valeur de la vie statistique, une année de vie humaine étant fixée (par l’OCDE par exemple, ou le rapport Boiteux) à 150 000 euros : 15 % pour un viol, 2 % pour une violence légère.

Une approche abolitionniste

L’approche de l’étude repose sur des présupposés « abolitionnistes », c’est-à-dire que les auteurs considèrent que la prostitution « s’apparente moins à une prestation de services librement consentie qu’à une exploitation des personnes les plus précaires ».

Du coup, l’accent est davantage mis sur les coûts de cette activité que sur les revenus qui en découlent, sauf pour les mettre en regard des moyens – ridicules en comparaison – de la lutte contre le proxénétisme.

L’étude avance un chiffre d’affaires (CA) total de 3,2 milliards d’euros pour l’ensemble de l’activité de prostitution avec un tarif moyen de la passe entre 40 à 60 euros selon que l’activité se pratique dans la rue, en établissement ou dans le cadre d’une rencontre sur Internet.

L’étude compare ensuite ce chiffre avec les moyens de la police, de la gendarmerie et de la justice pour lutter contre le proxénétisme. Mais, en toute rigueur, il faut dissocier, dans les revenus de la prostitution, la part soustraite par les réseaux, ce qui donne le rapport de force illustré ci-dessous :

S’attaquer aux prostituées ou aux clients ?

Cette approche « abolitionniste », où la prostituée est victime et le client coupable, est relayée, outre le Mouvement du Nid, par la fondation Scelles et plusieurs associations féministes (Osez le féminisme, l’Assemblée des femmes, le Collectif féministe contre le viol…).

C’est aussi celle du gouvernement qui a tenté d’abolir le délit de racolage dans le cadre de la proposition de loi « de lutte contre le système prostitutionnel » ; en contrepartie, une contravention de 1 500 euros pour toute personne ayant recours à une personne prostituée devait être instituée.

Najat Vallaud-Belkacem, qui portait le texte en tant que ministre des droits des femmes, avait déclaré au Journal du dimanche :

« Je souhaite que la prostitution disparaisse. »

Les Verts ont relayé les craintes du Planning familial, du Strass (Syndicat du travail sexuel), d’Act Up et de plusieurs associations de soutien aux prostituées (Médecins du monde à Paris et à Nantes, Cabiria à Lyon, Grisélidis à Toulouse, les Amis du bus des femmes à Paris) et se sont opposés au texte à l’Assemblée ; ils redoutaient une dégradation sur le terrain pour les prostituées contraintes à davantage de clandestinité.

Le Sénat, majoritairement à droite, a préféré le statu quo et rétabli le délit de racolage. 

Un débat qui agite aussi l’Europe

Ni interdite, mais ni vraiment autorisée comme une activité économique à part entière, la prostitution est actuellement tolérée en France, à l’image de nombreux autres pays européens.

Pour le Parlement européen, la prostitution est une forme de violence fondée sur le genre, et se place au même niveau que le viol, la traite des femmes, la violence domestique, l’agression et le harcèlement sexuels.

Et même si Bruxelles a semblé adopter une politique plus « réglementaire » avec la proposition d’intégrer le chiffre d’affaires de la prostitution dans le calcul de la richesse nationale, cette étude a été financée à 90 % par la Commission européenne dans le cadre du programme ISEC-Prévention et lutte contre le crime.


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